Grand Angle:RDC-Cinéma made in Kinshasa, silence ça tourne sans budget!

Tournage d’un film amateur à Kinshasa

La cinématographie recrute dans le monde, chaque année, des milliers d’acteurs formés ou venant de grandes écoles de cinéma. En république démocratique du Congo, le cinéma ne répond à aucun critère voulu au monde, il se présente ainsi comme un art informel constitué en business sans intention de toucher la vue. La phase de production du film congolais manque de projet et de producteur, à cela s’ajoute des problèmes dus au scénario, au choix des acteurs et des lieux de tournage. Les outils de tournage sont inadéquat et le phénomène « Libanga » ou dédicaces à certains mécène lui sort de ses normes.

Nous sommes au cœur de la capitale de la République Démocratique du Congo, dans ce quartier populaire de la ville de Kinshasa, traversé par des dizaines des ruelles superficiellement asphaltés sous un soleil piquant de midi. C’est dans cette chaleur qu’un groupe de cinéastes et réalisateurs s’apprête au tournage d’un film. Ici, comme on peut le voir, les moyens techniques sont rudimentaires : une barre de bois longue de deux mètres remplace la perche, un vieux micro sans fil et du scotch fond l’affaire pour obtenir le son. L’équipe est prête pour partir en repérage à la sauvette jumelé d’un tournage improvisé et à l’occasion une maison cédée par un propriétaire mécène va servir de scène pour le tournage.

A peine arrivé, Le chef de ce groupe de cinéma monsieur Malombo donne les premières consignes : il faut être naturel, vivant et surtout ne pas regarder la camera ni les opérateurs. Dernier réglage sur la camera, la perche soutenue remonte un mètre au dessus des deux actrices, le tournage vient de commencer . Aussitôt démarré , il vite interrompu. On doit recadrer une actrice et lui ajouter quelques mots du dialogue. Voila la gymnastique à laquelle se livre ce groupe kinois qui existe depuis une dizaine d’année. Lolo Malombo, chef du groupe la pléiade, raconte « « Nous nous disons abandonné parce que nous ne nous sentons pas vraiment soutenu. Par manque des moyens, on peut écrire des très bons films qu’on pourra bien réaliser, mais faute des moyens, nous sommes limité ; voila pourquoi l’artiste congolais ne parvient pas à émerger et être très grand. Autre chose aussi, il y a des acteurs qui sont devenu acteur par hasard et qui font en sorte que l’artiste congolais n’émerge pas »

Le tournage reprend pour une deuxième scène entre deux hommes qui vont discuter. Cette fois tous les acteurs reprennent place autour de l’opérateur de prise de vue, le chef du groupe s’improvise en réalisateur encore une foi, il revient sur les consignes de routine. Le groupe ne manque pas que du matérielle de tournage, le salon des maquilleurs n’existe pas. Pour parer à ce manque, ici tous les outils se prêtent entre artistes. Avec un morceau de miroir tenu à la main, un acteur vérifie l’alignement de sa cravate multicolore et son chapeau noir tandis que les actrices, elles, tendent les cils et corrigent le rouge à lèvre. Pendant ce temps, le chef Malombo fait une mise en bouche du scenario avec les acteurs, chacun propose la tournure des phrases. Un membre du groupe qui vit ce projet de tournage dans l’improvisation chaque jour a sa manière de voir le cinéma: Didier Besongo, membre du groupe pléiade «  » Ce sont des projets qui se focalise dans les improvisations, ca c’est le plus grand problème : on improvise à tout moment, on ne pense qu’à improviser. C’est déjà un problème. Je n’ai pas dit que l’improvisation est mauvaise, elle n’est pas mauvaise mais s’il faut baser tout un projet d’un film dans l’impro, ca pose problème. Moi, par exemple, je viens d’arriver on me dit ce que je dois faire et je le fait tout de suite. C’est moi même qui propose les paroles ; au moins à mon avis, c’est la premier chose qui pose problème »

 

Fini l’occupation du premier site, le groupe va se rend vers un autre site à une dizaine de mètre du premier. Le deuxième site de tournage est un étale de petite pâtisserie à la sortie d’une parcelle, ici le chef du groupe explique aux acteurs le nouveau scenario à réaliser dans la maison à l’intérieur de la parcelle et un autre scenario qui sera tourné plus tard dehors.

A l’intérieur de la maison, au cours du scenario ; un jeune couple se dispute pendant que le chef du groupe vient d’ôter sa veste noir pour s’improviser à tenir la perche. Selon lui le nombre de métrage à produire chaque semaine et les moyens reste les montagnes à déplacer. Tous ces tournages se font sans budget ! Et là, bien venu les amateurs et apprentis sorciers. « Moi, par exemple je dois produire chaque semaine mes films à la tété, la chaine de télévision ne me donne pas les matériels comme il faut, alors que ferais je? Je vais chercher à la cité quelqu’un qui à une camera, professionnel, ou pas, ca ce n’est pas mon problème parce que je dois produire. Et la personne, qu’elle soit mûre ou ne pas être mûre, je suis obliger de l’orienter pourvu qu’à la fin, on puisse obtenir quand même un bon résultat » Explique Lolo Malombo, qui est dans ce monde depuis plus d’une décennies.

Apres plusieurs scenarios avec tous les membres de son groupe, vient le tour du chef lui même. Avec un peu de pate de dentifrice, se servant de l’écran de son portable pour miroir, il se maquille la barbe les sourcils et les cheveux pour avoir l’âge un peu vieux. Dans le scenario, il se présente à une porte avec son fils devant un jeune couple d’ami pour demander une aide afin d’enterrer un membre de sa famille décédé à Paris. Ce membre, il va citer le nommément en utilisant un nom d’un de ses mécènes. Ce phénomène de dédicace dans le cinéma congolais, Lolo Malombo le justifie à sa manière.

« « Puisqu’il est délaissé, puisqu’il na pas de soutient, alors à son tour, il cherche des individus à qui il peut citer le nom et cette personne en retour peut lui envoyer quelque chose pour essayer de le soutenir. Tout ça, c’est par manque de soutient que l’artiste congolais se livre à ce phénomène que l’on appelle ‘Libanga‘  »

Le cinéma international est loin de rencontrer la réalité congolaise et par ricochet désir de la mutation voulu par les acteurs. Les groupes du cinéma congolais sont très nombreux et chiffré à environ 5000. Il existe une volonté claire chez beaucoup d’entre eux de mieux faire mais leur cinéma croise parfois des problèmes du a la logistique, l’organisation, l’instruction, le financement et l’accompagnement des autorités. Pourtant sur d’autres cieux comme aux Usa, au Nigeria et en Inde le film est un produit qui apporte beaucoup à l’état. 300 millions de dollars par an pour Nollywood Nigeria, près de 2 milliards d’euros de revenus pour bollywood Inde et un record de 40 milliards de dollars de recettes pour Hollywood Usa.

Les acteurs congolais n’ont qu’un besoin pour une bonne mutation, c’est l’encadrement et le financement du gouvernement par le gonflement de la rubrique budgétaire culture et art.

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